De Foued Zaouche
dans Réalités:
Lettre ouverte à une femme voilée
Par Foued Zaouche
Mon intention est extrêmement respectueuse et j’aimerais entamer un dialogue
avec les femmes qui portent le voile, un dialogue fructueux, dans la dignité et
le respect, comme celui que l’on peut avoir avec des esprits ouverts et
intelligents. Si personne ne doute de la liberté individuelle de porter ou de
ne pas porter le voile, il faut expliquer ce que peut signifier le port du
voile islamique et ses conséquences sociales et juridiques.
Zyed Krichen, dans Réalités de la semaine dernière, a parfaitement posé la
problématique dans son éditorial et dans son article qui relate les
tribulations juridiques d’une enseignante en conflit avec son autorité de
tutelle à propos du port du voile.
Je voudrais poser une seule question aux Tunisiennes qui ont choisi de
porter le voile islamique, et cette question, je ne la poserais pas à
l’Algérienne, ni à la Marocaine, ni à l’Egyptienne et certainement pas à la
Saoudienne, car celles-ci ne disposant pas des mêmes droits, cela n’aurait
aucun sens pour elles. La question est celle-ci : savez-vous qu’en
décidant de porter le voile, vous renoncez volontairement à tous vos droits
juridiques actuels car ceux qui vous inspirent sont pour l’application de la
Charia qui fait de vous des mineures sur le plan juridique ? Ce qui
signifie que vous ne pourrez plus ni voyager seule, ni disposer de la
personnalité juridique qui vous permet d’avoir un compte en banque, ni
commercer en toute liberté sans l’autorisation de votre mari ou de votre père.
Vous retomberez sous l’emprise totale des hommes, ce qui représente une insulte
à vos mères et à vos grands-mères, ces femmes admirables qui ont milité pour
l’émancipation des femmes tunisiennes et lutté courageusement pour l’abandon du
port du voile, une pratique qui était l’expression d’une soumission éhontée.
Comme le dit très justement Zyed Krichen dans son éditorial, les textes
coraniques sont beaucoup plus explicites sur la répudiation et la polygamie
qu’ils ne le sont sur le voile. La femme tunisienne risque de se retrouver, à
Dieu ne plaise, confrontée à de vieilles pratiques rétrogrades heureusement
bannies de notre pays, pour son honneur.
Evidemment, la femme tunisienne peut me rétorquer que le fait de porter le
voile est une affaire de croyance personnelle, un acte de liberté et qu’elle ne
se sent pas engagée par toutes ces considérations sociales et politiques. Cela
est l’expression d’une immense naïveté ou d’une rouerie calculée car ce qu’on
appelle le voile islamique est l’étendard affirmé et évident depuis les années
80 d’une doctrine militante extrêmement organisée et d’une dangereuse
efficacité, il suffit d’observer son action en Egypte où elle est devenue le
terreau d’un prosélytisme effrayant à l’origine d’une chape de plomb culturelle
qui s’est abattue sur ce pays, naguère si joyeux.
Et pour celles qui croient « avoir le beurre et l’argent du beurre »,
c’est-à-dire, porter le voile et conserver les droits que leur confère le Code
du Statut Personnel, elles se trompent totalement. En choisissant de porter le
voile islamique, la femme tunisienne s’engage dans une doctrine dont la
principale revendication est de restaurer la Charia. Chaque Tunisienne qui le
porte devient une militante active, parfois malgré elle, de cette idéologie
extrémiste qui n’est pas prête à ce genre de concessions sous peine de
disparaître et en rappelant le pouvoir exorbitant que donne la Charia aux
hommes sur leurs compagnes, réduites à être des mineures « taillables et
corvéables à merci ».
Alors, à celles-ci, à ces Tunisiennes qui croient conserver leurs droits
tout en portant le voile islamique, je les implore de poser des questions, de
demander aux Imams, aux docteurs de la religion et à tous ceux qui se targuent
de recommander le port du voile comme une obligation divine. Demandez-leur si
vous perdrez vos droits si, par malheur, la Charia était imposée dans notre
pays et ce que cela signifierait pour les femmes. Et s’ils vous disent le
contraire, demandez-leur ce que signifie alors le fait d’être islamiste si ce
n’est pas pour appliquer la Charia. Il faut se méfier des belles promesses de
ceux qui ne cherchent qu’à séduire… Renseignez-vous sur le statut juridique de
la Saoudienne ou de l’Iranienne, même si celle-ci peut faire illusion car elle
va à l’Université et conduit sa voiture. Demandez à cette dernière quel est son
statut juridique réel, dans les faits ; elle vous racontera peut-être
comment elle peut faire l’objet de vexations de n’importe quel homme qui
trouverait son foulard mal ajusté, laissant apparaître quelques mèches
coupables ou comment n’importe quel « tartempion » peut s’arroger le
droit d’interpeller une femme dans la rue pour lui adjoindre de respecter la
religion, du moins celle que son esprit borné a pu en comprendre.
Combien je suis sincèrement peiné par l’aveuglement de celles qui portent le
voile car elles risquent de nous entraîner dans un aventurisme effrayant pour
notre pays qui a tant besoin de toutes ses énergies pour gagner la bataille du
développement. Comment concilier notre volonté d’être un pays de services,
c’est-à-dire tolérant, ouvert et accueillant, avec une doctrine passéiste et
moralisatrice qui ne peut fleurir que dans les pays pétroliers dont les rentes
leur permettent de se passer des autres. Nous, nous avons besoin de toutes nos
femmes et de tous nos hommes pour construire notre pays dans ce monde violent
et cynique. La petite Tunisie, sans ressources d’hydrocarbures ni minières, a
besoin de l’ensemble de ses potentialités oeuvrant pour une dynamique de
progrès et d’exigence.
Je ne doute pas de la conviction et de la sincérité de la majorité des
femmes qui portent le voile… A elles, je voudrais dire que l’amour de Dieu est
au delà d’une tenue vestimentaire et répéter ce que j’avais écrit dans un
précédent article, ce n’est pas à la femme de se voiler mais à l’homme de
voiler son désir, le seul coupable de cette aberration d’un autre âge.
Je voudrais clore ce énième article que je consacre au voile par
l’expression sincère du respect que je porte à l’Islam, celui de l’Ijtihad,
celui du dépassement de soi, celui de l’exigence personnelle. L’Islam n’est pas
une idéologie politique. Nul ne peut juger mon action, je n’en suis comptable
que par rapport à Dieu et à Lui seul. Ceux qui vous disent le contraire vous
utilisent. Pour le reste, les lois de la République se chargent d’administrer
notre vie terrestre dans le respect de la liberté qui s’arrête où commence
celle de l’autre.
L’argument avancé par les islamistes, qui veulent faire du port du voile un
simple acte de liberté individuelle qui ne concerne que son auteur, est
trompeur. Ils devraient être plus explicites sur le rétablissement de la
Charia, qui est l’essentiel de leur programme et sur ses conséquences sur le
statut juridique de la femme tunisienne.
Le dernier qui a parlé qui a raison? pas si sur...